« Au départ, nous tenions simplement un journal de bord afin de nous souvenir de ce que nous vivions », expliquent Anaïs Werestchack, médecin généraliste, et Brice Philippon, kinésithérapeute. En 2024, ils décident de sillonner la France pendant un an. Leur objectif : découvrir l’exercice médical dans les déserts médicaux à raison d’une région par mois. Au fil des remplacements, le couple est frappé par la difficulté d’accès aux soins, l’épuisement des soignants et la détresse des patients. « Nous avons été saisis par l’ampleur du problème », confient-ils. À leur retour, ils multiplient les démarches pour faire entendre leur constat et proposer des solutions. Direction l’Assemblée nationale. Ils y présentent leurs idées. Sans succès. Leurs propositions restent lettre morte.
C’est alors que naît l’idée d’écrire un livre, Urgent ! Recherche Médecin afin de « montrer ce à quoi sont confrontés les patients et les confrères, et surtout identifier des solutions adaptées au terrain. » Pour ce couple, le fossé entre les décisions politiques et la réalité sanitaire est désormais béant. « Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale voté en décembre 2025 est complètement déconnecté du terrain. Ces mesures vont encore fragiliser la médecine libérale », alerte la Dr Anaïs Werestchack.
Dans leur ouvrage, ils défendent des solutions qu’ils qualifient de « simples et peu coûteuses », à l’opposé de politiques jugées « punitives, coercitives et déconnectées ». Leur crainte : voir les médecins se détourner progressivement du système. « Ils partiront à l’étranger, se réorienteront ou se déconventionneront. Et la continuité des soins sera définitivement menacée. »
Provoquer la rencontre entre les étudiants et les territoires
Parmi leurs priorités figure la responsabilisation des patients. Les rendez-vous non honorés, les fameux “lapins”, constituent un véritable fléau. « Parfois, ce sont cinq à dix absences aux rendez-vous par semaine. Pour chaque absence, ce sont 20 à 30 minutes perdues au détriment d’un autre patient qui aurait réellement eu besoin de soins », observent-ils de leur année de remplacements. Des propos corroborés par une étude publiée en janvier 2023 par l’Ordre et l’Académie de médecine, 6 à 10 % des patients ne se présentent pas à leurs rendez-vous médicaux. Soit près de 27 millions de consultations perdues chaque année.
Un autre levier leur apparaît essentiel : le développement des assistants médicaux, une solution encore trop méconnue. La Dr Werestchack en a mesuré l’impact : « Je voyais trois patients par heure. Avec une assistante médicale, j’en voyais quatre de plus par jour. Sur une semaine, c’est énorme. » Elle se souvient aussi de l’aide précieuse de cette dernière lors d’une urgence psychiatrique : « Sans elle, j’aurais dû rester seule avec le patient quarante minutes en attendant les secours. Elle a pu le rassurer, l’installer, lui parler. Cela change tout, pour le patient comme pour le médecin. »
Au nombre de leurs propositions, provoquer « la rencontre entre futurs médecins et territoires ». Multiplier les stages ambulatoires en zone rurale tout au long du cursus. Pour la genéraliste, seule la confrontation avec le terrain peut attirer des futurs médecins et briser les idées reçues comme eux ont pu le faire avec leur Tour de France des déserts médicaux.
Aujourd’hui, le couple a posé ses valises dans l’Allier (03), un département de la région Auvergne-Rhône-Alpes. l’omnipraticienne y effectue des remplacements en attendant l’ouverture d’une maison de santé, tandis que Brice exerce en cabinet de kinésithérapie.
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