Un concept qui prend une dimension nouvelle à la lumière des crises sanitaires des dernières années à travers le monde, celle du SARS-CoV-2 mais aussi du MERS, SRAS… C’est ainsi que le concept One Health ou « une seule santé » a été placé au cœur des discussions de la Convention on health analysis and management (CHAM) les 1er et 2 octobre derniers. Il vise à ne pas s'arrêter à la santé humaine pour prévenir et guérir les maladies mais à prendre en compte l'environnement, l'alimentation, la santé animale... et donc à faire collaborer les différents acteurs.
Sortir de l'état de concept
Les représentants d’institutions, du monde hospitalier, des professionnels de santé, de la recherche, de l’industrie, de l’assurance… ont ainsi relevé le besoin de sortir cette approche de l’état de concept pour l’intégrer à tous les niveaux. Un constat fait également par les Académies nationales de Médecine et de Pharmacie, l’Académie Vétérinaire de France et l'Académie des Sciences. Ces organismes ont publié un avis en juin 2021 sur « le nécessaire décloisonnement entre santé de l’Homme et santé de l’animal ». Rappelant la « recommandation commune de grands organismes internationaux (OMS, FAO, OIE, UNICEF, Banque mondiale, Unisic) » en 2008 et déplorant : « force est de constater que la situation ne progresse malheureusement pas ou très peu en France ».
Pourtant, lors de la convention CHAM, Olivier Véran en ouverture puis Emmanuel Macron en conclusionaffirment leur sensibilité autour du sujet. « Il n’y a pas de santé humaine sans traiter santés environnementale et animale, c’est un objectif prioritaire pour l’Union européenne pour les années à venir », rappelle le ministre de la Santé, affichant sa détermination à porter ce sujet lors de la présidence par la France du Conseil de l’Union européenne début 2022.
Développer l’interdisciplinarité
Il est d’abord pointé la nécessaire interdisciplinarité. « Cette pandémie est un bon exemple de la façon dont on peut concevoir l’approche One Health. Elle montre bien l’importance de suivre les agents pathogènes dans le réservoir animal : à travers la surveillance de population animale, on fait de la prévention pour la santé humaine », observe Monique Eloit, directrice générale de l’Organisation mondiale de santé animale (OIE). Philippe Mauguin, président directeur général de l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae), cite également que « 60 % des maladies infectieuses humaines sont d’origine animale » mais appelle à prendre aussi en compte les liens entre alimentation et santé par exemple.
Avec comme élément sous-jacent : la prévention. « Lors de cette crise, il y a eu un certain nombre de prises de conscience y compris des régulateurs de la nécessité d’avoir des perspectives pluri annuelles, d’investir dans la prévention… », note Thomas Fatôme, directeur général de la Cnam. De son côté, Aurélien Rousseau, l’ancien directeur général de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, maintenant maître des requêtes au Conseil d’État, rappelle : « le One Health repose aussi sur l’organisation, le dialogue entre les agences. Cela passe aussi sur la façon d’en parler à celui qui est le plus éloigné du parcours de soins ».
Un besoin de sensibilisation et de formation à tous les niveaux
Et encore faut-il que le concept soit connu de tous. « One Health est un concept, un problème planétaire », constate Philippe Vermesch, président du SML. Pourtant quand il interroge des confrères ou des étudiants en médecine : « aucun ne connaissait. Il n’y a aucune relation avec le monde de la santé animale ». Le médecin souligne l’importance de la formation sur ces sujets.
Une demande qui fait écho à l’avis des Académies en juin : « Les cloisonnements entre médecine humaine et médecine vétérinaire restent, à quelques exceptions près, inchangés, que ce soit en matière de recrutement ou de formation des étudiants qui ne relèvent pas du même ministère ».
Elles appellent à « prendre les mesures nécessaires à un rapprochement des deux filières professionnelles en santé humaine et santé animale » qui pourrait passer par « le rapprochement des voies de formation scientifique des futurs professionnels de la santé humaine et de la santé animale, l'ouverture de lignes importantes de financement d'écoles doctorales communes et de projets de recherche communs aux deux filières, et une gestion de ces voies de formation par une autorité ministérielle unique ».
Intégrer les territoires
Outre la sensibilisation et la formation, les différents acteurs soulignent l’importance des territoires pour s’approprier cette approche. « On ne pourra pas implanter un programme s’il n’y a pas une logique de territoire. Il faut créer des choses à partir des demandes et des collectivités locales », estime Marc Fillatre, président de l’Union nationale prévention suicide.
Jacques Cheymol, président fondateur de Repop Île-de-France, renchérit : « il faut d’abord analyser les choses et adapter vos recommandations de santé publique. Vous ne pouvez pas porter le « 5 fruits et légumes par jour » quand une large population se nourrit aux Resto du cœur ».
Et Marguerite Bayart, première vice-présidente de MG France, témoigne : « Les CPTS ont des missions de prévention. Un lien fort avec les élus du territoire m’aide à les construire. Ils connaissent leurs besoins et comment les professionnels de santé peuvent y répondre ».
À la MSA région Grand Est, Laurence Eckmann, médecin coordonnateur, rappelle la nécessité de « faire des diagnostics des territoires, analyser les forces et les faiblesses pas uniquement sur le champ de la santé et définir des pistes d’actions pour améliorer le contexte de vie des habitants ». Sensibilisation, formation, prévention, déploiement sur les territoires sont ainsi quelques-uns des sujets autour du concept One Health.
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