« Les hasards du calendrier sont comme ça : on ne peut pas faire mieux comme résumé de la situation ! », s’exclame la présidente de MG France ce jeudi 8 juin lors d’une conférence de presse. Le Dr Agnès Giannotti voit dans le tout juste sorti Atlas de la démographie de l’Ordre des médecins un symbole. « Avec 234 028 médecins en exercice, nous n’avons jamais été autant. Pourtant, nous avons perdu plus de 1 146 généralistes en 2022. Le manque d’attractivité de la profession et les attaques proférées chaque jour à notre encontre découragent les plus jeunes et donnent envie aux plus âgés de partir à la retraite », affirme-t-elle. « L’ambiance s’alourdit : les conditions de travail sont toujours plus difficiles et nous sommes toujours moins nombreux », poursuit la généraliste parisienne.
Pour la reprise des négociations conventionnelles, le Dr Giannotti a posé en préalable l’équité de rémunération entre spécialités médicales, maintenant que la quatrième année est actée. « Nous sommes des spécialistes de médecine générale et réclamons une égalité de traitement pour une équité de revenus ». En Belgique, note-t-elle, tous les médecins touchent 30 euros par consultation, c’est, selon elle, le juste prix. Sur les dépassements pour exigence (DE), la présidente de MG France affirme « comprendre la tentation » mais appelle « à respecter les règles et ne pas mettre les collègues en danger ».
Les médecins généralistes attaqués
Le Dr Giannotti passe en revue l’actualité. La potentielle suppression de l’AME ? « Un marronnier politique de ceux qui veulent stigmatiser les étrangers. Cela mettrait tout le monde en difficulté pour un bénéfice nul. » L’offre de téléconsultation illimitée de Ramsay Santé ? « Nous voyons les lois du marché arriver avec une logique consumériste ». Ségur qui s'intéresse à la santé des soignants ? « C’est paradoxal de voir les ministres concernés alors qu’ils sont les premiers à nous attaquer en augmentant les contraintes et les différences entre les spécialités ». La campagne de la Cnam sur les IJ ? « Les généralistes traitants sont la première cible »… En somme, « nous sommes les victimes et les boucs émissaires du système : la coupe est pleine », déclare la praticienne, résolument agacée.
Sur la proposition de loi Valletoux, la présidente de MG France dénonce « des auditions superficielles, où l’avis est déjà tranché, ce qui rend compliqué de travailler dans cette ambiance ». Elle note notamment que la Fédération des CPTS n’a pas été entendue, à l’instar de ReAGJIR, principaux concernés par le texte. Elle rappelle également qu’il est « illusoire de croire qu’il y a des zones avec trop de médecins… il en manque partout, leur vision est biaisée ! »
Pour le Dr Giannotti, même l'intitulé de la PPL (améliorer l'accès aux soins par l'engagement territorial des professionnels) est « insupportable : il y a un profond mépris pour notre engagement de tous les jours ». Elle torpille les amendements adoptés. L’indicateur territorial de l'offre de soins (Itos) ? « Une carte encore plus compliquée et qui sera périmée le lendemain de sa publication… » Le préavis de six mois à l’ARS avant de déplaquer ? « Vous croyez que les gens partent à la retraite sans chercher de successeur ? Quand il n’y a pas de médecin, que ce soit d'ici six mois ou un an, il n’y en aura pas ! » Limiter à quatre ans les remplacements ? « Nous n’arrivons pas à en trouver. Ils ne sont pas dans nos cabinets, mais dans des centres de soins non programmés etc. Imaginer que l’on croule sous les remplaçants est faux ! »
Les équipes de soins de proximité à développer
L’heure est grave pour MG France, comme l’explique sa présidente. « Nous sommes à un tournant politique. Des décisions doivent être prises. Tout miser sur les soins non programmés et pas le suivi chronique etc., aboutit à une offre de soins anarchiques » Mais rappelle-t-elle, « il n’y a pas de solution magique qui réglera demain le problème ». Toutefois, le Dr Giannotti croit aux équipes de soins de proximité (secrétaires et assistants médicaux, Asalee, IPA, étudiants) et explique qu’en France en moyenne, un généraliste est aidé par 0,3 équivalent temps plein (ETP)… en Allemagne c’est 3 ! « Nous sommes environ 47 000 médecins généralistes traitants. Nous sommes encore nombreux ! Si nous nous organisons, nous pouvons gagner la bataille de l’accès aux soins », clame-t-elle.
« La coupe est pleine. La PPL Valletoux l’a fait déborder. Nous disons stop ! », dit haut et fort le Dr Giannotti. Samedi 10 juin, une assemblée générale du syndicat est prévue pour discuter de la suite des actions à mener. Mais, note-t-elle, « les manifestations n’ont pas donné grand-chose. Je souhaite qu’on nous entende, au bénéfice de la population. Nous comprenons que les gens soient excédés et veuillent marquer leur colère par une menace de déconventionnement ; mais nous sommes farouchement pour un système solidaire et une convention d’égal à égal avec les tutelles, qui nous permette de construire. Mais elle doit répondre aux enjeux… »
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