Une surmortalité dans la PR-PID

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Publié le 10/12/2021

Une grande étude épidémiologique montre une surmortalité en cas de pneumopathie interstitielle diffuse (PID) chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR), notamment chez les plus jeunes.

Une surmortalité plus importante chez les moins de 75 ans

Une surmortalité plus importante chez les moins de 75 ans
Crédit photo : phanie

La PID est une manifestation extra-articulaire de la PR associée à une forte morbimortalité. « Les données dont nous disposons actuellement sont peu nombreuses et très disparates. Selon les études, la fréquence de la PID varie entre 10 % et 60 % chez les patients atteints de PR, en fonction de la définition donnée à la PID et des méthodes de détection utilisées. Nous avons donc besoin de données épidémiologiques récentes pour mieux comprendre l’impact de la PID sur la PR », explique le Dr Pierre-Antoine Juge (hôpital Bichat-Claude Bernard, Paris). C’est ainsi qu’une étude a été menée à partir de la base de données du Système national des données de santé (SNDS) regroupant les données d’Assurance-maladie et de remboursements médicaux de près de 99,9 % de la population française (1).

L’ensemble des données des adultes recueillies entre 2013 et 2018 ont été analysées. Parmi les 173 132 patients atteints de PR, 4 330 présentaient une PID (2,5 %), identifiée à l’aide des données de codage. La fréquence du sexe masculin était plus élevée dans la PR avec PID (39,8 %) que dans la PR sans PID (27 %). La prévalence, plus élevée selon l’âge, était estimée à 6,52 pour 100 000 habitants et l’incidence annuelle à 1,04 pour 100 000 habitants. « Cependant, ces chiffres sont sous-estimés car le codage PID concerne les patients ayant une PID cliniquement pertinente. Ainsi, nos analyses rendent compte probablement des PID plutôt sévères et ne prennent pas en compte les PID pas ou peu symptomatiques… », relève le Dr Juge. 

Quels facteurs de risque ?

Le taux de mortalité global, de 1,71 pour 100 000 habitants, était plus important pour les patients chez qui la PID précédait la PR.

De plus, le taux de mortalité  en cas de PR-PID a été comparé à celui des patients atteints de PR sans PID après appariement sur l’âge, le sexe, la durée d’évolution de la PR et les facteurs de risque cardiovasculaires. « Du fait des limites des données de codage, nous n’avons pas pu ajuster sur l’ensemble des facteurs de confusion (tabagisme…) », précise le Dr Juge.

Après appariement, la PR-PID était associée à une surmortalité comparée à la PR sans PID (HR = 3,4, IC 95 % [1,5-1,8]). Cette surmortalité était d’autant plus importante que les patients étaient jeunes : HR = 4,8 (IC 95 % [3,9-5,9]) pour les moins de 75 ans versus HR = 3,0 (IC 95 % [2,6-3,5]) chez les 75 ans et plus. 

Des différences de traitements

Après analyse des traitements de la PR reçus, les patients atteints de PR-PID étaient plus souvent sans traitement de fond, traités par des biothérapies non-anti-TNF et/ou des corticoïdes et recevaient moins de méthotrexate « Le méthotrexate est moins prescrit chez les patients PR-PID, mais son risque de toxicité pulmonaire est très faible. Sa prescription devrait, peut-être, être réévaluée en fonction de ses bénéfices attendus sur la PR. Malheureusement, il n’existe actuellement aucune recommandation sur la prise en charge de la PR-PID et il serait certainement utile de la standardiser… », ajoute le Dr Juge. 

L’activité de la PR est associée à une augmentation de la mortalité dans la PR-PID, il faut donc tenter d’atteindre la rémission. La collaboration entre pneumologues et rhumatologues semble essentielle pour choisir le meilleur traitement de fond.

(1) Juge PA et al. Epidemiologie et mortalité de la pneumopathie interstitielle diffuse associée à la polyarthrite rhumatoïde : données nationales du SNDS. Abstr 000394.

Christine Fallet

Source : Le Quotidien du médecin