Le parcours d’aide médicale à la procréation (AMP) est éprouvant physiquement mais aussi psychologiquement. Quelles conséquences sur le vécu de la grossesse et la relation parents-bébé ? Marion Canneaux, psychologue à Paris et maître de conférences à l'Université Paris Cité, a apporté son éclairage lors d'un webinaire de la Société française de médecine périnatale.
« L'infertilité est une vive blessure narcissique, explique-t-elle. Elle porte atteinte à l’identité féminine/masculine mais aussi renvoie à l'incapacité à donner un enfant à son partenaire. D'où des sentiments à la fois de tristesse, d’injustice, de colère et de culpabilité, avec la peur que le couple ne tienne pas sans enfant et d'être quitté par l'autre. »
Le recours à l’AMP peut dans un premier temps être protecteur. « C'est le temps de l’espoir », explique-t-elle. Mais un parcours semé d’échecs confronte sans cesse à la réalité de l’infertilité, ce qui renforce à l'inverse les sentiments négatifs.
Quand l'espoir de l’AMP s’étiole au fil des échecs, « le désir d’enfant et les traitements prennent toute la place avec désinvestissement des autres sphères de la vie, décrit la psychologue. Le désir de renouveler les tentatives peut prendre une tournure compulsive avec impossibilité de renoncer malgré de nombreux et douloureux échecs. »
La procréation hors sexualité avec l'entrée de nombreux acteurs médicaux dans son intimité n’est pas toujours facile à accepter. « Pour le couple, ce n'est en rien banal. Le seul fait d’avoir dû être aidé est une blessure », rapporte-t-elle.
La survenue d'une grossesse calme l’anxiété des futurs parents, mais il ne faut pas en idéaliser le potentiel réparateur. « La crainte d’une éventuelle fausse couche peut entraîner des difficultés à investir la grossesse », poursuit-elle. L’anxiété se manifeste alors par de nombreuses questions en consultation, une demande de davantage de rendez-vous et d'échos pour être rassurés. Un épisode dépressif peut survenir après coup, il faut rester attentif à la survenue de troubles de l’humeur au sein du couple.
La fin de la grossesse peut rendre certaines femmes nostalgiques d'un état qu’elles ne connaîtront peut-être jamais plus. De plus, les problèmes obstétricaux peuvent réactiver le sentiment de la femme et/ou de l’homme de ne pas être capable de donner la vie sans aide médicale. « Il faut être attentif au vécu associé à ces événements », conseille-t-elle.
Encourager l'accompagnement psy
Quant au développement psychoaffectif des enfants, les données anglo-saxonnes sont rassurantes avec des relations parents-enfants de bonne qualité, un développement socio-émotionnel des enfants normal, des parents satisfaits dans leur rôle. « Il ne faut pas avoir une vision déterministe, insiste la psychologue. La vision clinique est nuancée. Ce qui n’a pas été traité du vécu douloureux peut ressurgir, d'où l'importance d'un accompagnement en amont. »
Les centres d'AMP proposent une mise en contact avec un psychologue. La consultation n'est pas obligatoire, même si, en cas de don de gamètes (spermatozoïdes, ovocytes), elle « est très fortement recommandée », rappelle l'Agence de la biomédecine (ABM). « L'accompagnement psy n'est pas systématique, surtout dans le cas d’une FIV autologue, mais il faut informer et l'encourager, souligne Marion Canneaux. Les personnes peuvent solliciter le psy avant, pendant ou après l'AMP. Certains ne veulent pas penser pour ne pas s’effondrer pendant le parcours mais le font après pour donner du sens. Il n'y a pas de protocoles standardisés d’accompagnement, la temporalité psychique est singulière. »
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