Le diagnostic n'étonnera personne mais il est alarmant. La nouvelle édition de « l'Observatoire » de la Mutualité nationale des hospitaliers (MNH) illustre à quel point « la santé des soignants est mise à rude épreuve ». Le risque de burn-out est aujourd'hui la première préoccupation de près des deux tiers (63 %) des médecins hospitaliers – contre seulement 29 % en population générale. C'est l'enseignement majeur d'un sondage* réalisé par l'Ifop en octobre dernier auprès des hospitaliers, des retraités, des étudiants et du grand public.
Les praticiens hospitaliers évoquent la « perte de sens au travail » beaucoup plus fréquemment que le reste des Français actifs (39 % vs 16 %), sentiment exprimé par même 47 % des décideurs hospitaliers. Médecins et managers de l'hôpital sont aussi beaucoup plus exposés que la moyenne des autres actifs aux « pressions liées à des responsabilités juridiques » (39 et 27 % vs 8 % en population générale).
En revanche, la question de la perte d'emploi n'est pas un sujet pour les médecins tandis qu'il préoccupe un cinquième de la population.

3,8 jours d'arrêt de travail par an
« Les actifs hospitaliers ressentent un besoin indéniable d’être accompagnés à cause de ces tensions subies », résume l'étude. Mais les écarts sont considérables entre les différentes catégories. Ainsi, les médecins hospitaliers se voient prescrire (au cours des 12 derniers mois) beaucoup moins d'arrêts de travail que le reste des actifs. 77 % des PH n'ont eu aucun jour d'absence, 5 % ont eu 1 à 5 jours d'arrêt, 9 % 6 à 10 jours, 5 % 11 à 20 jours et seulement 4 % plus de 20 jours. Soit une très faible moyenne de « 3,8 jours d'arrêt maladie par praticien » – contre 8,9 pour les décideurs hospitaliers, 26,8 pour les autres personnels hospitaliers et 10,2 en population générale.

Pour autant, les répondants ne réfutent pas le besoin de prévention dans le cadre de leur travail : 88 % des médecins expriment le « sentiment d'avoir besoin d'au moins une aide » qu'il s'agisse « d'une meilleure écoute de l'encadrement » (78 %), de prévention sur les troubles du sommeil (42 %), de prévention des TMS (40 %), d'une aide psychologique (32 %), de prévention sur les addictions (18 %) ou sur les troubles alimentaires (16 %).

À l'unisson du grand public, les médecins hospitaliers font d'abord confiance à leur médecin traitant (83 %) pour protéger leur santé, loin devant la Sécurité sociale (54 %), la médecine du travail (42 %), les mutuelles (34 %) ou leur employeur (24 %).
Enfin, une écrasante majorité des soignants signale avoir fait l’expérience d’au moins une forme d’incivilité ou de violence au sein de l'hôpital, en tant que témoin ou victime. Cette situation concerne 98 % des médecins (dont 25 % souvent), 91 % des autres actifs hospitaliers et 89 % des étudiants en santé.

* Enquête menée en octobre 2021 auprès de 1 000 Français et 4 000 professionnels de la santé. 1 301 actifs hospitaliers, 200 médecins généralistes et spécialistes, exerçant à l’hôpital ou en clinique exclusivement, 75 décideurs hospitaliers, 176 étudiants dans le domaine de la santé et 2 312 retraités hospitaliers.
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