QUE RESTE-T-IL du pacte de confiance ? Les échos de son discours à Hôpital expo, au lendemain de l’élection de François Hollande, résonnent encore aux oreilles de certains. Peut-être la ministre de la Santé a-t-elle bercé les hospitaliers de mots trop doux...
Le tour de vis tarifaire du début d’année (-0,84 % pour les hôpitaux, -0,21 % pour les cliniques) a fait l’effet d’une claque. Que les économies attendues en 2014 portent surtout sur les établissements de santé renforce la crainte du secteur, contrarié par la perspective d’une dégressivité tarifaire si l’activité s’emballe sur les niches rentables (les cliniques se sentent particulièrement visées par cette mesure de la LFSS 2014).
Déserts, budgets serrés et médecins intérimaires.
Tout au long de 2013, Marisol Touraine a défendu sa méthode, imperturbable. Elle n’a jamais promis de grand soir, et avance pas à pas, sans tambour ni fracas. Son pacte de confiance a débouché sur des groupes de travail. Parmi les sujets en débat : la place des usagers à l’hôpital, le mode de financement des établissements de santé, l’organisation du parcours territorial de santé. Des réponses seront introduites dans la loi de santé publique en 2014.
Mais sur le terrain, le changement n’est guère perçu par rapport aux années Sarkozy, ou à la marge. Les petits hôpitaux peinent toujours à attirer les médecins - anesthésistes et radiologues surtout. Les directeurs jouent un drôle de numéro : d’une main ils serrent les dépenses de personnel, de l’autre ils embauchent des médecins intérimaires, parfois à prix d’or, et hors de tout cadre réglementaire. La question du manque d’attractivité des hôpitaux est loin d’être réglée, et les déserts médicaux, petit à petit, s’implantent au sein même des établissements.
Les patients, eux, restent exposés à des dépassements d’honoraires abusifs dans le secteur privé au sein de l’hôpital public. La mission Laurent consacrée à cette activité libérale des PH n’a introduit aucun plafond, se contentant de renforcer la transparence : les hospitalo-universitaires ont veillé au grain.
Les urgences en surchauffe.
Dans les services enfin, les conditions de travail sont régulièrement dénoncées par les syndicats. Les urgences ont connu une surchauffe particulière cette année. En février, la chef du service à Roubaix, lassée de se battre dans le vide, a claqué la porte. Cet automne, les urgentistes ont lancé un mouvement national inédit. Ils se désengagent de la recherche de lits d’aval, une façon de contraindre les hôpitaux à refondre en interne le parcours du patient. Les effets ne sont pas immédiats mais la mue est amorcée, espèrent les professionnels.
Au plan catégoriel, le ministère de la Santé a publié des textes réglementaires complétant la retraite des hospitalo-universitaires, et redéfinissant la place des commissions médicales d’établissement. L’attente était forte. D’autres dossiers restent en suspens, et pas des moindres : le financement des comptes épargne temps, la prise en compte de la pénibilité, la définition du temps de travail des médecins hospitaliers... L’impatience syndicale se fait sentir, et certaines organisations songent à une mobilisation nationale en début d’année prochaine.
Psychodrame parisien.
Loin de la capitale, et au sein même de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), des voix s’élèvent pour déplorer que la transformation de l’Hôtel-Dieu ait éclipsé le reste de l’actualité. Un point final au psychodrame a été apporté en novembre, en conseil des ministres : exit Mireille Faugère, directrice jugée trop abrupte, et place au plus rond Martin Hirsch à la tête du premier CHU de France. L’avenir de l’Hôtel-Dieu n’est pas réglé pour autant. Ce que retiennent les hospitaliers, c’est la demande de Marisol Touraine, qui a voulu - et obtenu - le report de la fermeture des urgences après les élections municipales. Une implication diversement appréciée. « Le politique se mêle trop de la vie des hôpitaux. Il faut revenir à un cadre plus sain », réclame ce PU-PH parisien.
Les cliniques privées restent d’humeur sombre. Elles ont certes réussi à rétablir le dialogue avec Marisol Touraine, non sans mal. Mais les efforts d’économies imposés au secteur privé passent mal (37 % des cliniques MCO sont déficitaires). L’épisode de la compensation du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), en particulier, a été douloureusement vécu. Et 2014, l’hospitalisation privée le sait, sera synonyme d’une nouvelle baisse tarifaire.
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