La France s’emploie à exporter sa santé en Afrique

Hôpitaux et fabricants à l’affût des marchés émergents

Publié le 12/12/2013
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UBIFRANCE, l’agence pour le développement international des entreprises françaises, a organisé des ateliers santé à Paris. Fabricants de médicaments et de dispositifs médicaux, constructeurs d’hôpitaux, fournisseurs en équipements médicaux ont répondu présents. Les fédérations hospitalières étaient là également, à l’affût de coopérations nouvelles.

Les conseillers d’Ubifrance ont présenté un tour du monde des opportunités à saisir. Le continent africain, sous les feux de l’actualité, fait figure de nouvel eldorado. La première puissance africaine, en particulier, a d’énormes besoins : l’espérance de vie n’est que de 58,5 ans en Afrique du Sud, où se côtoient les maladies de la pauvreté et le diabète, le cholestérol, l’obésité. Vingt-deux millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

Le pays, présenté comme un tremplin vers l’Afrique, lance une réforme pour améliorer l’accès aux soins. La France a une carte à jouer, selon Ubifrance. D’abord dans le secteur du médicament, en pleine expansion (un marché à 4 milliards d’euros en 2015). L’Hexagone est déjà en bonne place - 60 % des vaccins distribués localement proviennent de France -, mais des parts de marché peuvent être prises à la concurrence américaine, indienne et allemande. Idem avec les équipements médicaux. Le secteur hospitalier offre aussi des opportunités. Une campagne de modernisation des hôpitaux publics est lancée - 500 millions d’euros débloqués sur la période 2012-2014.

Besoin en formation.

Cap sur l’Angola, dont le système sanitaire est hérité des colons portugais. L’espérance de vie plafonne à 51 ans, le paludisme est la première cause de mortalité. Le marché de la santé, en plein essor, se développe grâce à la manne pétrolière. Ubifrance a identifié des besoins d’expertise à tous les niveaux : médecine générale et spécialisée, équipements, gestion hospitalière, construction d’hôpital, traitement des déchets médicaux... Le besoin en formation est criant : l’Angola ne compte que 1 500 médecins pour environ 20 millions d’habitants. Le tiers de ces praticiens sont cubains ou portugais ; la majorité des médecins angolais ont été formés à l’étranger.

Focus enfin sur la Côte d’Ivoire, ouvrant la porte à l’Afrique de l’ouest et 250 millions d’habitants. Le cadre des affaires y est difficile et la corruption omniprésente, prévient Ubifrance. Mais les besoins y sont également importants. Forte mortalité maternelle et infantile, faible taux d’accouchements assistés (57 % en 2008), sous financement chronique du secteur sanitaire... Des réformes sont en cours, qui prévoient la réhabilitation d’hôpitaux et la mise aux normes de plateaux techniques. Un hôpital mère enfant sera construit à Bingerville (projet piloté par la première dame de Côte d’Ivoire). La banque islamique de développement investit dans un institut cardiologique à Bouaké.

Le gouverneur d’Abidjan, en campagne pour sa réélection, a récemment sollicité l’aide de la Fédération hospitalière de France, qui étudie la question. Les États-Unis ne s’encombrent pas de préoccupation éthique, qui viennent d’offrir un incinérateur à l’hôpital général de Toumodi, ainsi que la formation de tout le personnel.

DELPHINE CHARDON

Source : Le Quotidien du Médecin: 9288