RECUL de l’activité en chirurgie, retrait de certaines autorisations, équilibre financier précaire : l’hospitalisation privée s’inquiète pour son avenir. Un plan d’attaque a été concocté au sein de la maison mère, la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP). Objectif : restaurer la place des cliniques en se distinguant autant que possible des hôpitaux publics.
Une « doctrine » et des « éléments de langage » ont été adressés aux chefs d’établissement, selon Christian Le Dorze, qui pilote la réflexion au plan national. Les cliniques sont invitées à développer sans complexe une culture du client, lequel est invité à... rester à sa place. « Le patient est partenaire de sa prise en charge, c’est tout. La gestion et l’organisation de l’établissement, ça ne le regarde pas », a déclaré Olivier Drevon, président du syndicat des cliniques psychiatriques, lors des journées annuelles de la FHP.
Tour de gardes, seuil d’activité...
Mais ce sont aussi (surtout) les relations médecins/établissements que la FHP entend renouveler.
Les contrats d’exercice libéral sont encore aujourd’hui basés sur un nombre de lits. Une logique obsolète, surtout pour les jeunes médecins qui débutent. La notion d’exclusivité, de même, n’est plus à l’ordre du jour. La FHP songe à un contrat nouvelle formule, qui inclurait différents engagements : participation au tour de gardes et aux fonctions transversales, niveau minimum d’activité...
« Nous comprenons que la FHP se préoccupe de l’érosion des parts de marché. Mais nous refusons qu’on nous impose un seuil minimum d’activité », prévient le Dr Jean-Paul Ortiz (CSMF), président du syndicat national des médecins de l’hospitalisation privée. Et d’illustrer avec un exemple fictif : « Imaginons un médecin tenu de faire 50 appendicectomies par an. Que se passera-t-il si la patientèle n’est pas au rendez-vous ? Il risque d’élargir l’indication de façon abusive. Ce serait contraire au code de déontologie ». L’Ordre ne validera jamais un quota d’activité minimum, poursuit le Dr Ortiz.
La FHP avance ses pions sur d’autres sujets médicaux. Elle songe à élaborer une liste des tâches à déléguer, et à investir le champ de la formation pour répondre au problème de la démographie médicale (via la création d’une université dématérialisée). « Je pousse pour que les infirmières deviennent médecins », déclare Jean-Loup Durousset, président de la FHP. Il ajoute : « Ce n’est pas normal qu’on leur dise de démarrer les études médicales en première année comme les bacheliers ».
Ambiguité.
La FHP veut enfin s’impliquer davantage dans la gestion du risque médical. « Il faut que les établissements amènent le monde médical libéral à harmoniser les bonnes pratiques », observe le Dr Le Dorze, cofondateur du groupe Vitalia. Attention à ne pas franchir la ligne jaune, réagit encore le Dr Ortiz (CSMF) : « Chacun son métier. Les bonnes pratiques de gestion, c’est le job du directeur. Les bonnes pratiques médicales, c’est le job du médecin ».
Reste enfin la question, épineuse, des dépassements d’honoraires des médecins (notamment sur plateaux techniques). Les cliniques considèrent qu’ils rebutent souvent la patientèle, en raison du fort reste à charge. Mais sur ce dossier, la position de la FHP peut sembler ambiguë. « La CSMF a pris ses responsabilités en s’engageant dans le contrat d’accès aux soins (de modération tarifaire), explique le Dr Ortiz. Pourquoi un responsable de la FHP [Lamine Gharbi, président de la FHP-MCO] soutient-il ouvertement les organisations médicales qui s’y opposent ? Ce n’est pas clair ».
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