Plus qu’un simple moyen de transport, l’avion est un objet qui a fait rêver des générations entières de pilotes et de non pilotes, et continue de le faire. Mais les conditions particulières dans lesquelles se déroule un vol (charge mentale, facteurs de charge, pressurisation, décalage horaire…) impliquent une pleine possession des moyens physiques et mentaux des pilotes.
C’est pourquoi l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) impose une visite médicale régulière à tous les détenteurs d’une licence de pilotage et aux personnels navigants afin d’assurer au mieux la sécurité du vol. Tous les ans, qu’ils soient professionnels ou non, ils doivent donc obtenir un certificat de la part d’un médecin reconnu dans le milieu de l’aviation. Un professionnel de santé qui, bien souvent, partage la même passion que ses patients.
Une diversité de profils
Cet intérêt explique la diversité des profils de médecins qui suivent la formation de médecine aéronautique. « On voit aussi bien des généralistes que des médecins spécialisés comme des ORL, des gynécologues, des chirurgiens et bien d’autres », énumère le Dr Vincent Feuillie, président de la Société française de médecine aérospatiale (Soframas). Ils s’impliquent dans cette spécialité originale directement « car ils sont eux-mêmes pilotes ou de manière plus indirecte car ils sont en lien avec le milieu aéronautique : proximité d’un aéroclub, relations dans l’aéronautique… Ils se disent alors que ce milieu peut les intéresser ».
Quelle que soit sa motivation, il s’agit pour le médecin d’évaluer principalement le risque d’incapacité subite en vol, physique ou mentale, des personnes qu’il reçoit. « C’est une médecine d’expertise, de norme avec des règles strictes », précise Vincent Feuillie, qui combine des aspects de médecine préventive, de médecine du travail, de médecine de l’environnement et de médecine clinique. La vue, l’audition, les réflexes, les antécédents médicaux… tout va être vérifié en vue de l’obtention de l’aptitude au vol.
Deux classes d'agréments
Mais, avant de recevoir ces patients, un médecin doit obtenir la qualification nécessaire. Il s’agit, dans un premier temps, d’obtenir la capacité de médecine aérospatiale auprès d’un des trois centres de formation présents en France.
Dans un deuxième temps, il doit obtenir un agrément de classe 2 auprès de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), l’administration centrale rattachée au ministère de la Transition écologique en charge de la sécurité aérienne. Il est accordé pour une durée de trois ans, renouvelable, permettant à son détenteur de recevoir les quelque 41 719 pilotes d’avions légers recensés en 2022 ainsi que tout autre détenteur d’une licence dont la pratique requiert un agrément médical, comme les pilotes de planeurs.
L’obtention d’un agrément de classe 1 est plus complexe. « Le nombre de places accordé annuellement pour cette formation est faible (environ quatre places par an) », prévient la Soframas. Il est néanmoins nécessaire pour recevoir les pilotes professionnels et le personnel navigant commercial (PNC). Le médecin doit alors justifier d’une expérience en tant que médecin aéronautique de classe 2 et envoyer une demande auprès du pôle médical de la Direction de la sécurité de l’aviation civile (DSAC), l’autorité administrative de la DGAC en charge de la surveillance et de la certification dans le domaine de l’aviation civile. Une formation de 60 heures vient également compléter ses connaissances dans le domaine aéronautique pour répondre au mieux aux conditions de travail des professionnels de ce secteur.
Remise en cause permanente
Cette médecine, spécifique et très normée, implique « une remise en cause de chacun et un contrôle continu des connaissances permanents », indique le Dr Feuillie. Que ce soit pour les pilotes professionnels ou amateurs ou les personnels navigants, les normes de sécurité peuvent évoluer très rapidement. Un événement majeur, comme le crash de l’avion Germanwings, en 2015, peut remettre en cause l’ensemble des procédures et des règlements mis en place pour garantir la sécurité des personnes en vol.
D’où la nécessité pour les médecins aéronautiques, qu’ils soient de classe 1 ou 2, de mettre leurs connaissances à jour régulièrement, que ce soit par la formation continue, en assistant à diverses réunions de la Soframas ou à des rencontres internationales. Ces trois possibilités leur donnant des points de qualification.
À l’heure où les effets du réchauffement climatique se font sentir, se pose la question de l’avenir de l’aviation et par conséquent de cette pratique de la médecine. Le Covid a marqué un coup d’arrêt temporaire aux déplacements par avion, mais 2023 affiche le retour du trafic aérien à son niveau de 2019 avec une estimation de 4,35 milliards de personnes transportées cette année. L’envie de voyage n’a pas disparu et l’aérien évolue, entraînant avec lui la médecine aéronautique. Elle est par exemple amenée à se concentrer sur d’autres problématiques plus médicales liées notamment à la progression des pandémies. « Je vois mal une disparition de cette pratique, conclut Vincent Feuillie. Elle va s’adapter mais ce métier reste une passion. »
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