C'est un nouveau rappel à l'ordre pour les médecins intérimaires qui boycottent les hôpitaux publics plafonnant leur rémunération.
Après la ministre de la Santé la semaine dernière à la Paris Healthcare Week, qui dénonçait une attitude « irresponsable de la part de professionnels de santé », c'est l'Ordre national des médecins (CNOM) qui épingle les praticiens mercenaires frondeurs, estimant qu'ils doivent « tenir compte de leurs responsabilités éthiques et déontologiques ».
Cette mise en garde intervient après l'appel du Syndicat national des médecins remplaçants en hôpitaux (SNMRH) à « éviter » les hôpitaux publics qui appliquent depuis le 1er janvier un plafond légal de rémunération pour les praticiens intérimaires.
« Le manque d'attractivité de la carrière de praticien hospitalier conduit un nombre important d'hôpitaux à recourir aux médecins intérimaires pour assurer leurs missions de service public, constate l'institution ordinale, qui n'avait pas réagi immédiatement. Cette situation, que l'Ordre déplore, ne saurait justifier que des médecins engagent, sans tenir compte des conséquences de leur prise de position, des actions susceptibles d'annuler des journées opératoires programmées parfois de longue date. »
Déconsidération de la profession
La déclaration ferme de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, la semaine dernière, qui a enjoint les hôpitaux « à ne céder à aucune forme de chantage », a poussé l'Ordre a monter au front à son tour. « Ces comportements, peu soucieux du devoir d'humanité envers les patients, sont susceptibles de nuire à leur prise en charge et déconsidèrent la profession », juge l'Ordre.
En 2013, le rapport Véran estimait à 6 000 environ le nombre médecins intérimaires dans les hôpitaux publics, pour un coût estimé de 500 millions d’euros. En 2017, des établissements ont payé des urgentistes et des anesthésistes de 850 euros à 1 100 euros la journée dans l'Yonne, ou des gardes de 24 heures de 1 800 à 2 000 euros dans l'Indre.
Ces montants seront désormais plafonnés à hauteur de 1 404,05 euros brut pour 24 heures de travail en 2018, puis 1 287,05 euros en 2019 et 1 170,04 euros à partir de 2020. Ces plafonds correspondent à la valorisation d'une journée d’un PH sous statut (entre le dixième et le onzième échelon) rémunéré en temps de travail additionnel et qui perçoit une indemnité de sujétion. Le SNMRH estime que ce plafonnement aura pour effet la réduction « de 40 % en trois ans » de leurs paies.
Durcissement
Le bras de fer est loin d'être terminé. Ce mardi, le SNMRH annonce même un durcissement du mouvement faute de réponse du ministère de la Santé « malgré des multiples tentatives pour avoir une rencontre ». Le syndicat appelle tous ses adhérents et sympathisants à « refuser de remplacer dans tous les hôpitaux qui appliquent le décret [de plafonnement] à compter du 15 juin 2018 ».
Il met aussi en garde les hôpitaux et les sociétés d’intérim médical « qui tenteraient de pallier le déficit de médecin en recrutant des personnels qui n’ont pas le droit de remplacer », notamment les PH temps plein ou des médecins non inscrits à l'Ordre.
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