QUELLES SONT LES CONDITIONS d’une vraie rencontre avec le patient dans le champ de la santé mentale ? Pourquoi celle-ci s’avère si difficile durant les situations de crise dans le domaine de la psychopathologie ? Quels sont les aspects de la rencontre avec l’adolescent ? Quel impact des nouvelles technologies dans la relation entre le malade et le professionnel ? Autant de questions qui vont être débattues de mercredi à vendredi au palais des Congrès de Nancy à l’occasion du congrès de psychiatrie et de psychologie dédié à « l’art de la rencontre »*. L’événement est organisé par la récente Fédération Trauma Suicide Liaison Urgences (FTSLU) créée cette année pour réunir quatre organisations scientifiques : l’Association francophone pour l’étude et la recherche sur les urgences psychiatriques (AFERUP), l’Association de formation et de recherche des cellules d’urgence médico-psychologique-Société française de psychotraumatologie (AFORCUMP-SFP), le Groupement d’études et de prévention du suicide (GEPS) et la Société de psychologie médicale et de psychiatrie de liaison de langue française. Durant ces trois jours, de nombreux acteurs de terrain français, belges, suisses, luxembourgeois vont échanger sur leurs propres pratiques au côté de quelques orateurs de renom, à l’instar du neuropsychiatre et éthologue, Boris Cyrulnik, le neurobiologiste Jean-Didier Vincent, le psychanalyste Serge Tisseron ou l’écrivain Philippe Claudel qui interviendront en qualité de « grands témoins ». Interrogé par le « Quotidien », le Dr Jean-Jacques Chavagnat, président de la FTSLU explique que le choix du thème de ce congrès s’est imposé comme une évidence. « Pour nous, la rencontre est quelque chose de fondamental. C’est à partir de cette rencontre qui peut être unique ou multiple et très diverse (selon le contexte), que l’on va essayer de percevoir le mieux possible le fonctionnement du patient et qu’il doit lui aussi pouvoir percevoir notre propre fonctionnement », résume-t-il. « Certaines psychothérapies se passent étonnamment facilement (…) parce que probablement il y a eu une rencontre, alors que d’autres psychothérapies sont laborieuses (…) et le résultat n’est pas toujours à la hauteur de nos espérances, parce que probablement on ne se rencontre pas très bien », souligne l’éthologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik. « Le psychiatre, psychothérapeute, psychologue doit porter sur lui les signaux qui vont toucher le patient. Pour rencontrer un objet, il faut que cet objet soit signifiant pour nous, c’est-à-dire que notre histoire et notre développement nous aient rendus sensibles et avides de cet objet », poursuit-il. « La rencontre c’est être là dans un moment important pour le patient. L’art de la rencontre, c’est en même temps, vivre pleinement ce moment important - toujours lié à beaucoup d’émotions, beaucoup de possibilités de changement, beaucoup de souffrance - et transformer cela en quelque chose qui va faire sens », évoque Pr Vincent Dubois, chef du service psychiatrie adulte de l’hôpital Saint-Luc à Bruxelles. En urgences psychiatriques, la rencontre avec le patient reste un art délicat. « Il s’agit de patients qui à la différence de toutes les autres pratiques en psychiatrie, n’ont pas demandé à nous voir et qui la plupart du temps n’ont jamais rencontré un psychiatre ou un psychologue », rappelle le Dr Catherine Pichené, responsable de l’unité d’accueil des urgences psychiatriques du Centre psychothérapeutique installé au CHU de Nancy.
Entretien clinique en direct.
« C’est à nous de mettre en place les conditions propices à une vraie rencontre, c’est-à-dire pas seulement un entretien médical classique mais un échange permettant au patient de se sentir parfaitement compris et écouté de manière à générer une influence thérapeutique », ajoute-t-elle. La qualité essentielle de l’intervenant dans les pratiques d’urgence et de crise, « c’est certainement la faculté à se laisser surprendre, à se laisser un petit peu déconstruire, à se laisser bousculer », considère le Pr Dubois. Mercredi, les organisateurs du congrès de Nancy ont programmé un entretien clinique, « en direct en séance plénière » où deux psychiatres - les Pr Jean-Louis Terra (chef de service au CH du Vinatier à Lyon) et Jean-Bernard Garré (chef de service au CHU d’Angers) vont s’entretenir dans les conditions réelles avec une vraie-fausse patiente borderline en urgence suicidaire - une comédienne ayant appris un texte élaboré par le Pr Antonio Andreoli (Hôpital cantonal de Genève). « Je pense que le congrès arrive à un moment où nous avons cette possibilité d’introspection pour nous regarder nous-mêmes dans la rencontre. Je vois là un signe d’une certaine maturité car s’exposer est quelque chose de difficile. Il est tellement plus facile de rester cloisonné dans son savoir faire », déclare le Dr Chavagnat.
* Deux journées de pré-congrès sont organisées lundi et mardi au centre psychothérapique de Nancy dont l’unité d’accueil des Urgences psychiatriques fête ses 25 ans. Le programme complet du congrès est disponible sur le site Internet www.lartdelarencontre.fr
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