« Ils sont impatients de trouver des solutions ! » : 130 députés ont rejoint un nouveau groupe de travail de l'Assemblée sur les déserts médicaux

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Publié le 17/02/2023
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Des députés de tout bord se sont pressés au portillon pour rejoindre le tout nouveau groupe de travail parlementaire sur les déserts médicaux, créé officiellement mercredi. Un de plus, mais cette fois sous la forme très officielle d'un « groupe d'étude » validé par la présidence de l'Assemblée nationale et regroupant des députés de tous les groupes parlementaires et de toutes les commissions.

Ce sont ainsi 130 députés, soit quasiment un parlementaire sur quatre, qui s'y sont inscrits. À sa coprésidence, le député (Horizons) de Fontainebleau, Frédéric Valletoux, qui a retiré en début de semaine la proposition de loi coercitive de son groupe sur l'accès aux soins mais entend proposer un autre texte avant l'été. Le second président est le député RN de l'Eure, Timothée Houssin.

Aux vice-présidences, on trouve des représentants des différents groupes parlementaires dont – sans surprise – le député socialiste de la Mayenne Guillaume Garot qui avait lui-même lancé à l'été dernier un groupe de travail transpartisan sur les déserts médicaux (au sein de la commission des affaires sociales). On y retrouve également, pour la majorité (Renaissance), le chirurgien député de l'Aveyron Jean-François Rousset et le médecin généraliste en cumul emploi retraite et député du Pas-de-Calais, Jean-Pierre Pont. 

Impatience

Le travail transpartisan mené par Guillaume Garot avait accouché d'une proposition de loi sur les déserts médicaux à base de régulation à l'installation et d'obligation de participation à la permanence de soins.

Le succès de ce nouveau groupe de travail officiel laisse-t-il augurer des mêmes conclusions ? La plupart des médecins de l'Assemblée nationale y ont du moins pris place comme Cyrille Isaac-Sibille (Modem) et Yannick Neuder (LR), tous deux présents à la manifestation des médecins libéraux mardi.

En tout cas, « les députés sont impatients de trouver des solutions car l'accès aux soins préoccupe beaucoup les Français qui en parlent tous les jours dans les permanences d'autant que les médias traitent aujourd'hui très régulièrement des déserts médicaux », analyse le Dr Jean-Pierre Pont, membre de la commission des lois et qui avait été rapporteur, sous la précédente législature, de la quasi-totalité des projets de loi sur le Covid.

Rustines

« La première chose que j'ai dite à mes collègues, c'est que tous les ans, nous perdons des médecins, raconte le généraliste installé en 1979. Qu'on fasse des ponts d'or aux jeunes médecins ou qu'on les oblige à s'installer, cela ne sert à rien. Mais il faut trouver un certain nombre de rustines pour arriver jusqu'en 2031, date à laquelle la suppression du numerus clausus commencera à faire ses effets. »

Opposé à la création de la quatrième année de médecine générale, le député du Pas-de-Calais compte pousser quelques solutions pragmatiques comme les cabinets secondaires ou l'incitation des retraités à poursuivre leur activité, ce qu'il fait lui-même le lundi, vendredi et samedi dans son cabinet de Neufchatel-Hardelot.

« Les médecins ont changé »

Absent lors du vote sur la proposition de loi Rist, le Dr Pont aurait plutôt imaginé un « contrat entre le médecin traitant, l'infirmière soignante et le malade pour partager certaines tâches ». Enfin, le député a déjà mis ses collègues parlementaires en garde : « les malades ont changé, mais les médecins ont changé aussi ». « Quand j'ai commencé, je travaillais sept jours sur sept, je faisais des visites et même des accouchements à domicile, se remémore-t-il. Cette pratique-là, c'était trop. Mais les jeunes ont viré le balancier un peu trop loin, ils vont devoir faire un peu d'efforts pour prendre plus de malades. »

Le ton des débats à venir est donné. Au Sénat, un autre groupe de travail au sein de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable avait également planché sur les déserts médicaux entre 2018 et 2020. Des réflexions qui avaient, à l'époque, conduit les sénateurs à réclamer le conventionnement sélectif.


Source : lequotidiendumedecin.fr