TROP D’ACTES ou de prescriptions inutiles. Dans un rapport qu’elle vient de rendre public, l’Académie de médecine s’est penchée à son tour sur la pertinence des actes médicaux et des stratégies thérapeutiques (le Quotidien du 4 avril).
Ce document signé par le Pr René Mornex dresse un état des lieux sévère, énumérant les actes et soins qui donnent lieu à des examens abusifs ou inutiles, sources « d’inflation de dépenses » pour la collectivité, sans toujours apporter de bénéfices aux patients. Sont cités pêle-mêle certains dépistages de masse, les bilans de santé systématiques - 600 000 chaque année - « qui ne modifient ni la morbidité, ni la mortalité », les examens biologiques souvent « mal formulés et hiérarchisés », l’échographie « banalisée » « sans recherche spécifique », l’imagerie lourde « prescrite en première ligne sans que l’imageur compétent qui va effectuer l’examen ait pu se prononcer » ou encoreles répétitions inutiles d’analyses, les « prescriptions floues » (bilan thyroïdien ou bilan hépatique). « On a le sentiment que les appels incantatoires en faveur de la pertinence n’ont que des échos modestes sur le terrain, accuse l’Académie. Des dérives sont possibles à chaque étape de la prise en charge d’un patient par rapport aux recommandations de bonne pratique. »
Humanisme et principe de précaution.
L’Académie se démarque sur ce dossier. Elle estime qu’outre le risque de judiciarisation, le consumérisme médical ou la pression du patient, c’est surtout un autre facteur qui explique la multiplication des actes inutiles : les lacunes de la formation clinique des médecins. Les médecins délaissent les examens cliniques, ils ne sont plus suffisamment formés à ça, assure l’Académie. « L’enseignement clinique, qui a fait la force de la médecine française, n’est plus capable de compenser ces lacunes, commente l’institution. Sa durée dans un service est réduite à trois mois. [...] C’est dans ces stages cliniques qu’il conviendrait de faire comprendre aux futurs médecins que l’evidence based medecine a des avantages mais aussi des limites et que l’humanisme médical devrait l’emporter sur le principe de précaution ».
Pour renforcer la pertinence des actes, l’Académie préconise une réforme radicale des études médicales afin d’encadrer scrupuleusement les stages cliniques (responsabilisation accrue, contrôle des acquis...). Des recommandations plus synthétiques sont encouragées pour privilégier les techniques non invasives. Les bilans de santé devraient être mieux ciblés en fonction d’objectifs précis.
Par ailleurs, les « sages » plaident pour que les médecins traitants puissent accéder plus facilement au dossier pharmaceutique de leurs patients. Ils appellent enfin de leurs vœux une grande campagne nationale pour sensibiliser le public à la nécessité de limiter les actes inutiles.
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