DES PROJECTEURS envoyant des faisceaux lumineux colorés sur les murs, deux écrans géants affichant les tweets des participants... l’Ordre des médecins a planté le décor d’un colloque branché organisé à Paris sur l’éthique et le numérique en santé. « L’Ordre est dans son rôle en réfléchissant à la déontologie des usages du web », a déclaré le Dr Michel Legmann, président du CNOM en ouvrant les débats. Face à des patients de plus en plus connectés et informés sur les sites de santé, les médecins ne peuvent pas rester les bras croisés. « Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ne se déploieront en matière de santé que si patients et professionnels de santé se les approprient », explique le Dr Jacques Lucas, vice-président du CNOM.
Patients 1, médecins 0.
Force est de constater, à la lumière des échanges, que les patients ou plutôt les cyberpatients ont pris une longueur d’avance. Ils sont nombreux à tenir des blogs à l’instar de Jean-Michel Billaut. Victime d’une rupture d’anévrisme, il raconte sur http://billaut.typepad.com, qu’après son accident, il a fallu lui poser une prothèse du genou. « Sur Internet, j’ai trouvé une prothèse dernier cri, ultra-moderne, alors que l’hôpital qui devait m’opérer m’en proposait une qui remontait à la guerre de 14-18 », ironise-t-il. « Un i-patient s’est approprié sa pathologie sur le web, et est capable d’en discuter avec son médecin dont il est partenaire dans le parcours de soins », explique Catherine Cerisey, qui a également créé son blog après un cancer du sein (http://catherinecerisey.wordpress.com).
Acceptée ou non par les médecins, cette évolution paraît inéluctable à l’heure du web-roi. Le Dr François Stefani, du CNOM, résume la situation : « Nous avons beaucoup à apprendre des malades et Internet peut nous y aider. Mais il va falloir apprendre à négocier avec ses patients ». Car si auparavant, le médecin était celui qui sait, et le patient celui qui accepte, les choses ont bien changé. Certains patients en savent autant que leur médecin ou en tout cas le croient. Le Pr Franck Chauvin, du Haut conseil de la santé publique, met ainsi en garde : « Avec Internet, le patient est confronté à beaucoup d’opinions sur sa pathologie, mais à peu d’avis basés sur des preuves ». Catherine Cerisey ne partage pas cette opinion. « Sur Internet, un patient avisé apprend vite à débroussailler et à distinguer le vrai du faux ». Mieux, elle juge qu’« un médecin ne peut plus prendre de décision sans son patient ».
Les apports du web patient.
Le Pr Jean-Pierre Bader, ancien président du comité national de pharmacovigilance, rappelle qu’Internet constitue « une évolution spectaculaire qui nécessite une éducation des patients dès la scolarité, mais aussi des médecins, car durant leur cursus, on ne leur apprend rien dans ce domaine ». Franck Chauvin, par ailleurs professeur de santé publique à l’université de Saint-Etienne, saisit la balle au bond : « Je fais chaque année deux heures d’enseignement sur la décision médicale. Alors qu’à HEC, ils ont 50 heures par an sur la prise de décision et sur les négociations qui doivent l’entourer ».
Le Dr Dominique Dupagne, blogueur actif (www.atoute.org), estime que le « web patient » apporte beaucoup à la médecine. Des forums ont ainsi vu le jour sur les effets secondaires tardifs des antibiotiques, par exemple. « Si le médecin reste incontournable pour le diagnostic, il ne l’est plus pour le traitement avec ces patients 2.0 qui le trouvent parfois eux-mêmes sur Internet ». Le médecin blogueur ne condamne pas cette évolution. Il estime même qu’Internet donne souvent des réponses satisfaisantes « par rapport aux avis d’experts » à qui il reproche de parfois se « planter » comme lors de la crise de la grippe A H1N1.
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