La France consomme trop de médicaments et s’expose à une iatrogénie plus fréquente que les pays voisins. En première ligne, certains généralistes tentent de limiter leurs prescriptions. Deux chercheurs, Sylvain Duffaud et Sandra Liébart, ont essayé de comprendre comment.
Leur étude, publiée dans la revue « Santé publique », a sondé les pratiques de 14 femmes et 10 hommes exerçant dans la Loire. L’attitude du praticien s’avère être un facteur clé. Écouter son patient sans l’interrompre, valoriser sa maladie (« c’est une grosse rhinopharyngite »), reformuler les symptômes, mener un examen clinique appuyé... permet de favoriser le respect de la décision médicale.
Les généralistes interrogés sont nombreux à prendre le temps d’une explication approfondie. Argumenter rassure les anxieux, les sceptiques. Tel médecin invoque souvent le risque d’effets secondaires pour appuyer son propos. Tel autre explique que l’intérêt du patient prime sur la considération économique, et que son choix n’a rien à voir avec l’assurance-maladie.
La FMC, une alliée
Les médias, parfois, se révèlent de puissants alliés. La campagne « les antibiotiques, c’est pas automatique » a aidé les généralistes à lever le stylo.
La clôture de la consultation est un coche à ne pas rater : la relecture de l’ordonnance permet de s’assurer qu’elle est acceptée. Certains médecins ont aussi l’habitude d’écrire sur une feuille libre tous les conseils énumérés durant la consultation. Proposer une consultation de contrôle laisse une porte ouverte, et permet de ne pas prescrire. Certains praticiens se fixent des objectifs. Par exemple, « au moins une consultation par jour sans rien prescrire ».
Les médecins interrogés mentionnent la formation médicale continue comme une aide pour diminuer les prescriptions. Aucune des incitations mises en place par l’assurance-maladie, en revanche, n’est citée (contrat d’amélioration des pratiques individuelles, rémunération à la performance, rémunération sur les objectifs de santé publique). « Le sentiment de dégradation de l’information délivrée par ces instances de santé et la méfiance à leur encontre pourraient expliquer l’absence de reconnaissance de ces mesures », écrivent les auteurs de l’étude.
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