Alors que les syndicats sont prêts à multiplier les actions pour dénoncer le manque de moyens et le contexte politique, la colère était palpable lors du colloque organisé ce matin, le 26 janvier, par MG France, et consacré à « l'avenir du médecin traitant en questions ». Devant une salle remontée, en présence de Thomas Fatôme, directeur général de la Cnam, la présidente du syndicat de généralistes, la Dr Agnès Giannotti, n'a pas mâché ses mots.
Alors que la profession traverse une période profonde de mutation, le médecin généraliste traitant, « un acteur de proximité » remplissant un « rôle social » pour les patients, subit une forme de « harcèlement ». « Nous sommes submergés de travail et on nous accuse de ne jamais faire assez et d'être "corpo", a dénoncé la généraliste parisienne sous les applaudissements. Pire, on nous met en concurrence avec d'autres professionnels de santé alors que nous travaillons depuis vingt ans en interprofessionnalité ».
Lignes rouges
En pleine négociation conventionnelle avec la Cnam, le syndicat rappelle que la profession est prête à relever les défis de l'accès aux soins. Mais pas à n'importe quelles conditions. Or, pour MG France, plusieurs lignes rouges ont été franchies. Les généralistes ont besoin de davantage de moyens pour embaucher les assistants médicaux et « élargir les locaux » afin de prendre en charge davantage de patients. Or la hausse de l'enveloppe prévue pour les soins de ville (Ondam) de 2,9 % par rapport à l'année dernière est inférieure à l'inflation. « Ça coince du côté des moyens financiers. Il faut peut-être déverrouiller d'abord le montant de l'enveloppe », a lancé la Dr Giannotti, à l'adresse de Thomas Fatôme.
Par ailleurs, alors que le généraliste doit être « garant du parcours et de la qualité des soins », la proposition de loi Rist, adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale, ouvre la porte à l'accès direct aux paramédicaux (IPA, masseurs kinésithérapeutes et orthophonistes). Mais faute d'offrir toutes les garanties, le texte a mis le feu aux poudres. Pour MG France, cet accès direct ne pourrait se faire que dans le cadre d'un exercice coordonné au sein des structures comme les MSP, les centres de santé mais « pas les CPTS » et dans un « cadre de coopération protocolisée ». « Les CPTS sont un outil auquel nous croyons et il ne faut pas que cela devienne un alibi de dérégulation » a enfoncé la Dr Giannotti.
Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le vase est un amendement gouvernemental qui institue le principe de « responsabilité collective » de permanence des soins, en ville comme en établissement, laissant entrevoir le retour des gardes obligatoire. Concrètement, MG France refuse que les négociations conventionnelles soient dictées par la volonté du seul gouvernement. D'ailleurs, dans le cadre conventionnel, le contrat d'engagement territorial mis sur la table par la Cnam est jugé inacceptable car une bonne partie des futures revalorisations sont conditionnées à de nouveaux engagements territoriaux ou contraintes supplémentaires. « Nous ne signerons pas la convention avec des contraintes », a prévenu la Dr Giannotti.
Plan Marschall pour la médecine générale
Des paroles qui ont fait réagir Thomas Fatôme. Pour le patron de la Cnam, « rien dans la PPL Rist n'empêche les partenaires conventionnels de travailler sur ce nouveau contrat ». Au contraire, « il légitime la convention médicale pour construire cet engagement territorial qui n'est pas une contrainte » a-t-il martelé, sans vraiment convaincre la salle.
Invité à clôturer le colloque, le ministre de la Santé, François Braun a essayé de lever « certains malentendus ». « Sur le sujet de l'engagement territorial, je choisis la voie de la convention et non celle de la loi », a-t-il dit. Quant à l'accès direct aux IPA, « il ne se fera pas n'importe comment mais dans le cadre d'un accès coordonné par le médecin traitant et dans les conditions fixées par la HAS ».
Le locataire de Ségur assure que « des moyens seront bien là » pour revaloriser le rôle du médecin généraliste traitant « qui doit évoluer et s'adapter aux nouvelles contraintes ». Le ministre se dit même prêt à travailler sur « un plan Marshall pour la médecine générale » que MG France appelle de ses vœux depuis des années. Un discours qui n'a pas convaincu la Dr Giannotti, qui dit attendre « des actes concrets ».
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