• Simulation d’un choc anaphylactique au bloc
Le sourcil froncé, Françoise surveille l’écran d’ordinateur. C’est elle qui fait évoluer les constantes du mannequin allongé de l’autre côté de la vitre sans tain. Cent mille euros de technologie, à même de tousser, vomir, parler (un formateur relié par micro lui prête sa voix). Pour l’occasion, le mannequin est un homme de 50 ans prêt à subir une turbinectomie. Son drap se soulève au rythme de sa respiration. L’environnement du bloc est reproduit à l’identique : respirateur, fluides, cathéters, scope... Avec en prime des caméras au plafond.
Un interne fait son entrée, seul à ignorer le scénario qui va suivre – c’est le but. Un anesthésiste endort le patient. À peine la pénicilline administrée, le voilà qui s’éclipse. Il charge Arthur de surveiller la situation.
Feu vert pour la régie. D’un clic de souris, Françoise lance la désaturation et les sibilants. Tension en chute libre, les bips s’affolent. L’interne réagit sans paniquer. Ses injections sont efficaces, le mannequin reprend vie. Le chirurgien entre en trombe, pressé d’inciser. « Je pars en week-end », lâche-t-il. L’interne s’interpose : « Tout de suite ce n’est pas possible, on te rappelle ». L’anesthésiste revient, clap de fin.
Place au débriefing dans la salle adjacente où était retransmise la vidéo sur grand écran. Les auteurs du scénario saluent le sang-froid de l’interne. « Je suis entré facilement dans le jeu, sans trop de stress, commente Arthur. J’aurais aimé savoir si le patient avait une réaction cutanée. Ça aurait pu être un bronchospasme sans anaphylaxie ». « Tu as essayé en respiratoire pur, c’est bien. Au final tu as posé le bon diagnostic, tu as choisi le bon dosage, et tu as su argumenter pour t’opposer au chirurgien », résume le formateur. Un interne seul au moment critique, c’est inhabituel : le scénario sera adapté pour coller davantage à la vie réelle.
• Simulation d’une consultation d’annonce difficile
Le décor est sommaire. Quatre murs blancs, une table et des chaises, sous l’œil des caméras. La scène qui va se jouer là promet d’être pesante. Un enfant est entre la vie et la mort. Deux internes vont entrer dans la peau de seniors devant annoncer une nouvelle délicate aux parents.
Avant de se lancer, les internes découvrent le script. Caricatural, mais possible après tout : un chirurgien a inséré dans son planning le jeune Léo. En secteur privé, un vendredi soir. Il a fait pression pour qu’un chef de clinique l’endorme. L’induction a mal tourné : spasme, arrêt cardiorespiratoire. Le chef de clinique est au fond du gouffre. Le chirurgien, lui, est parti en week-end. Le reste de l’histoire, c’est aux internes de l’écrire, avec leurs propres réactions.
Les parents (joués par deux médecins) frappent à la porte et s’asseyent. Le visage défait, la mère tente de comprendre. « Pourquoi nous cacher notre fils ? Pourquoi a-t-il fait un arrêt cardiaque ? ». Les internes déminent une à une les questions. « On a transféré Léo en réanimation et on va créer un coma artificiel pour préserver ses fonctions vitales », résume celle qui campe un médecin anesthésiste. La mère reste au désespoir. « On va voir pourquoi il y a eu un souci. Il y aura une enquête », glisse l’interne. Les parents ne s’expliquent pas l’absence du chef de clinique. Encore moins celle du chirurgien. Silence. Puis cette réponse, brodée en quatrième vitesse : « Il est hors de l’établissement, on le tient informé de l’état de Léo ».
Quand l’atelier s’achève, les larmes ne sont pas loin. Le debrief sert à décompresser. « C’est bien, vous n’avez pas menti, commente un formateur. Ne rien cacher est la seule façon d’avoir la confiance des familles ». « Ça a été dur de ne pas démonter le collègue parti en week-end », réagit l’interne.Attention aux « paroles malheureuses », la met en garde un senior : « Dire qu’une enquête va être faite, cela peut vouloir dire qu’il y a eu faute ».
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