Formation au libéral, valorisation de l'acte et transfert de tâches : les recettes d'Avenir Spé pour améliorer l'accès aux soins

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Publié le 03/02/2022
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Dr Patrick Gasser, président d'Avenir Spé

Dr Patrick Gasser, président d'Avenir Spé
Crédit photo : S. Toubon

Inquiet pour l'avenir de l'exercice libéral, le syndicat de médecins spécialistes Avenir Spé a dévoilé ce jeudi 3 février son projet politique « pour redonner un avenir au système de santé ». La structure – qui appelle tous les acteurs, publics et privés, médicaux, paramédicaux, politiques, administratifs et usagers à un « Grenelle de la santé » – présentera cette charte « d'engagement » aux différents candidats à la présidentielle. Deux thématiques sont « prioritaires », souligne le Dr Patrick Gasser, président d'Avenir Spé : répondre aux demandes de prise en charge de la population et accompagner l’évolution des métiers.

Pour améliorer l'accès aux soins en médecine spécialisée, avec un objectif de « zéro demande sans réponse », le syndicat réclame de « vraies mesures incitatives » comme le soutien logistique aux consultations avancées et aux nouveaux usages numériques, la mise en place d'équipes de soins spécialisées, voire de « pôles de spécialistes pluridisciplinaires, sur le modèle des pôles de compétitivité » (rassemblement, sur un territoire identifié et une thématique, d'entreprises, de laboratoires de recherche et d'établissements de formation, NDLR). « Il faut également promouvoir le travail aidé, les délégations d'actes notamment avec les infirmières en pratique avancée (IPA) mais de façon concertée, coordonnée et graduée, plaide le Dr Marc Villaceque, à la tête du Syndicat des cardiologues et membre d'Avenir Spé. Le médecin doit rester au centre. »

Injecter du libéral dans les stages

Autre piste, réformer la formation des médecins. Alors que certains candidats à la présidentielle veulent inciter voire obliger les jeunes à s'installer en zones sous-denses, Avenir Spé préfère créer « un choc d'attractivité » pour attirer la nouvelle génération vers le libéral. « Il faut réformer l'internat car malgré les directives du ministère, il y a toujours aussi peu de stages en ville et en cliniques, estime le Dr Luc Sulimovic, du Syndicat national des dermatologues vénérologues. Il y a un frein énorme des universités et des doyens. En Île-de-France par exemple, un seul poste d'interne est ouvert en libéral en dermatologie. » Les décisions d’agrément de stages doivent être soumises à l’ensemble des acteurs d’une région, et non plus aux seuls doyens et coordinateurs de maquette, abonde le Dr Gasser.

Pour parfaire la connaissance du monde libéral, Avenir Spé propose aussi de former (notamment dans le cadre du DPC) les médecins à la gestion d’équipe et de cabinet par le biais d'une école entrepreneuriale. Enfin, la structure veut promouvoir le statut de collaborateur libéral, « moyen souple et efficace » de s’insérer progressivement dans un projet de carrière libérale et développer les cabinets de groupe qui correspondent mieux aux envies de travailler des jeunes.

Révision annuelle des tarifs

Sur la rémunération, le syndicat défend toujours le paiement à l’acte avec une revalorisation de la consultation « d'expertise » du spécialiste, mais propose de mener une étude d’impact du paiement à l’épisode de soins pour certaines spécialités et pathologies chroniques, comme la BPCO en pneumologie. « Il faut par ailleurs réviser les tarifs annuellement en fonction de l'inflation, au travers d’une convention », estime le Dr Gasser. Avenir Spé soutient par ailleurs le secteur 2 et la mise en place d’un espace de liberté tarifaire.

Enfin, le syndicat veut dynamiser la politique de prévention « inexistante en France ». « Les médecins spécialistes libéraux sont des témoins privilégiés qui peuvent alerter sur de nouvelles problématiques de santé publique et participer à des démarches transversales comme le concept de "One Health" », plaide le Dr Gasser. Le gastroentérologue appelle aussi à « concevoir et mettre en place » des démarches de dépistage et de prévention dans chaque discipline, ou encore à former à la prévention et à la prise en charge des personnes fragiles ou en situation de handicap.


Source : lequotidiendumedecin.fr